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ASSASSINAT EN COURS A LA PRISON DE PERPIGNAN

Le pouvoir promet aujourd’hui d’incarcérer toujours davantage, en témoignent les contructions de lieux d’enfermement prévues partout sur le territoire. Parallèlement des équipes de matons s’autonomisent de plus en plus pour mener leurs propres assassinats couverts par l’ombre des prisons, comme à Seysses il y a quelques mois, en tuant Jawad au mitard. Bien sûr les réponses existent et ils les craignent, en témoigne la répression de tous les derniers mouvements collectifs de prisonniers.
A la CAJ nous voulons bien évidemment en finir avec tous les lieux d’enfermement et donc avec le système capitaliste qui en a besoin. Il nous semble des plus importants aujourd’hui que la solidarité en acte existe des deux côtés des murs, car le silence quotidien à propos de tout celà laisse le champ libre aux matons. A Seysses les prisonniers appelaient notamment à la dissolution de ce groupe de matons qui déguise des suicides au mitard, appelé par tout le monde « l’escadron de la mort ».
Dans cette optique nous relayons aujourd’hui ce texte qui parle d’un cas d’acharnement particulier. Tout ce qui est décrit ici n’a certe rien d’exceptionnel dans les prisons. Mais ce texte nous rappelle simplement la barbarie que les forces de répression se permettent, du comico à la geôle en passant par le tribunal. A nous de leur faire comprendre qu’il y a du monde derrière.

La CAJ

Parce que cela fait maintenant plus d’un an que Skhander est en détention provisoire subissant pressions policières, acharnement de l’administration pénitentiaire et traitements infamants.

Parce que l’isolement et le silence sur cette affaire laissent toute latitude à la police et à la justice de faire leur sale travail répressif habituel, en l’occurrence sans même s’embarrasser du vernis légal.

Parce que police et justice frappent d’autant plus fort qu’ils sont potentiellement mis en cause.

Parce que l’isolement et l’enfermement sont leurs armes pour briser.

Parce que l’information diffusée est toujours celle des flics, matons et magistrats.

Cette histoire, comme celles qui remplissent les prisons de par le monde, se doit d’être entendue et racontée, que circule une autre version que la version policière.

Le 28 avril 2017, près de Perpignan, suite à un refus d’obtempérer lors d’un contrôle routier classique, la police prend en chasse un véhicule. Une « course poursuite » s’initie. 

Dans une impasse dans laquelle poursuivants et poursuivi se sont engagés, un policier tombe de sa moto. La voiture, conduite par Skandher, est immobilisée dans la même impasse. 

Skandher sort de la voiture. Le policier à terre sort son arme et le met immédiatement en joue. 

Skandher s’enfuit ; le policier tire. Il est atteint par trois balles: une dans la fesse, une dans la jambe qui ne pourra pas être extraite car trop proche de l’artère et une lui perfore l’intestin (ce qui le contraint depuis à vivre avec une poche intestinale).

Il parvient tout de même à s’enfuir mais il est retrouvé quelques heures plus tard dans le coma.

Il est immédiatement placé en détention provisoire pour une prétendue « tentative d’assassinat avec arme », l’arme étant la voiture.

Il est envoyé à l’hôpital carcéral de Toulouse (UHSA). Il y passera environ un mois à l’UHSA où il commence à subir des mauvais traitements et pressions policières. Il est notamment interrogé dès son réveil, encore sous morphine. 

Il est par la suite transféré à la prison de Perpignan où il ne reçoit ni traitement ni soin approprié à son « état ». Il doit changer seul sa poche intestinale, avec des risques de complications engageant à chaque fois son pronostic vital. A cela s’ajoutent les diverses humiliations propres à la vie carcérale mais décuplées par sa situation médicale. 

Au cours de son incarcération il est envoyé à plusieurs reprises au mitard où les mauvais traitements se sont encore évidemment intensifiés. Lors d’un de ces passages, il sera par exemple privé de poche de rechange pendant 5 jours, poche qu’il est censé changer quotidiennement. Depuis le début de son enfermement, Skandher a perdu plus de 17 kilos, et a souffert de nombreuses infections et intoxications alimentaires. Son état de santé s’aggrave de jour en jour. 

Étant donnée la bienveillance de l’administration pénitentiaire à son égard, Skhander refuse de se faire achever dans un hôpital carcéral et demande à être soigné dans l’hôpital de son choix.  

Rompons l’isolement, en publiant sa version, en lui écrivant massivement, en organisant son soutien.  

Solidarité avec Skandher et tous les prisonniers. 

DES PROCHES ET AMIS

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Pour lui écrire : 

Skandher CHAABANE. Numéro d’écrou : 41359  

Centre pénitentiaire de perpignan. 

/!\ SKANDHER ayant été transféré, une nouvelle adresse de contact sera publiée très prochainement  /!\

Pour nous écrire : solidarite2sc@riseup.net

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Rassemblement en soutien à un compagnon incarcéré à Limoges ! [Toulouse]

Un compagnon est incarcéré à Limoges depuis plus de 6 mois suite à un incendie de véhicules de gendarmerie en septembre 2017. Il sera présenté à une juge d’instruction toulousaine le 17 octobre pour une action au local de l’UMP en 2015. Retrouvons-nous devant le TGI de Toulouse pour montrer notre solidarité.

15 avril 2015 : le local de l’UMP rue Gabriel Peri reçoit de la visite d’un groupe de personnes, qui a la bonne idée de sortir le mobilier, laisser deux tags sur la façade et partir au cri de « expulsons les expulseurs ».
Cette joyeuse irruption apparaît comme une réponse à la politique de l’État à Calais qui consiste à réprimer, harceler, agresser les personnes migrantes et leurs soutiens. Quelques jours plus tôt, la mairie UMP de la ville de Calais prenait la décision d’expulser plusieurs squats de personnes migrantes.

18 septembre 2017 : plusieurs véhicules de la gendarmerie de Limoges sont incendiés dans le contexte d’une vague de solidarité envers les personnes inculpées et arrêtées pour avoir cramé une voitue de police à Paris au quai de Valmy. La revendication évoque aussi les violences et assassinats policiers : meurtres de Rémi Fraisse et d’Adama Traoré, violences policières quotidiennes en manifestation ou dans les quartiers.

Quel est le lien entre ces deux histoires ?

Des actes de révolte contre ce monde de merde. Mais aussi, le sale travail de fouine des flics et des juges. Un compagnon est accusé d’avoir participé à ces deux actions. Il est actuellement emprisonné à Limoges depuis plus de 6 mois pour l’incendie des véhicules de gendarmerie. Il sera transféré à Toulouse le 17 octobre pour être mis en examen dans le cadre d’une instruction au sujet de l’action contre l’UMP.

Le pouvoir désigne comme violent un local déménagé, une chemise arrachée, des voitures brûlées, une frontière traversée, une vitrine cassée, une grève, des manifestations ; alors même qu’il considère comme normal et légitime la prison, les centres de rétention, les violences et assassinats policiers, les milliers de morts dans la Méditerranée et les guerres…

Lorsque cette logique bien rodée rencontre une résistance méritée, l’État montre ses crocs, la répression est féroce. Les flics, les procs, les juges et les matons n’hésitent pas à mettre le paquet pour détruire des existences, gagnant leur vie en détruisant celle des autres.

Parce qu’il est toujours possible de se révolter,
soyons solidaires face à la répression.

Brisons l’isolement, soyons présent·e·s devant le TGI de Toulouse à 13h30 le 17 octobre.

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Réflexion autour du « procès de l’extrême-droite »…

[ On relaie ce texte de la Défense Collective de Rennes qui nous semble important pour poser un cadre de réflexion critique vis à vis de l’utilisation de la justice à des fins politiques ]

 

POURQUOI NOUS PENSONS QUE CONTRIBUER

AU « PROCÈS DE L’EXTRÊME DROITE »

POURRAIT ÊTRE UNE IMPASSE

VOIRE UN VÉRITABLE PIÈGE

Mise au point :

En premier lieu, nous tenons à rappeler que si ce texte porte une critique de cet appel à « faire le procès de l’extrême droite » porté un peu partout en France par différents groupes et organisations, il ne vise évidemment pas les proches de Clément Méric et les camarades pris dans la procédure en cours, ni les choix qui leur semblent s’imposer ici et maintenant face aux juges, en premier lieu face aux accusations potentielles qui pourraient s’abattre sur eux.

Les auteurs de ce texte ont d’ailleurs largement soutenu, financièrement et par leur présence active dans les manifs, les personnes engagées sur le procès. L’objectif est de réfléchir aux conséquences qu’un tel appel à « faire procès » pourraient avoir, par delà l’affaire du meurtre de Clément.

I) Ce qu’implique un durcissement de la justice et de l’appareil d’État vis-à-vis des fascistes

– Dans notre rapport aux institutions :

La proposition qui est faite aujourd’hui est un appel à faire le « procès » de l’extrême droite, ce qui en d’autres termes signifie produire une contribution politique et un appui idéologique à la procédure judiciaire en cours, en dénonçant « l’impunité » dont bénéficieraient les fascistes, autrement dit en appelant à un durcissement de l’appareil pénal contre ceux-ci.

D’emblée, il y a quelque chose de paradoxal et malaisant dans le fait de s’engager dans une réflexion qui nous projette du côté des juges, des procureurs, etc. La fonction de défense de l’ordre et du capitalisme par la machine judiciaire ne devrait plus faire aucun doute pour qui prend part au moindre mouvement social, et le paye parfois chèrement.

Même lorsqu’on cherche à travers cette démarche à faire la lumière sur les faits réels, ce qui semble invoqué lorsqu’on en appelle à la « vérité », on sait par expérience que le récit et les descriptions produits durant les audiences sont soumis à un formatage destinés à l’élaboration d’une grille de lecture prétendument « neutre » pour les magistrats. De « vérité », dans un tribunal, on ne trouvera qu’une vérité judiciaire.

Cette méthodologie, qui n’entrevoit le monde qu’à travers la défense mécanique de l’ordre public, vide de leur substance les actions politiques et tend à ramener ces actes à leur dimension individuelle et anecdotique, les réduisant à des faits divers.

Notre situation depuis l’accusation tend au mieux à l’impuissance, à la délégation aux pouvoirs publics d’une vengeance que nous aimerions infliger aux fascistes. Au pire, à un mimétisme des institutions du pouvoir, qui ne semble pas très crédible, et qui, si elle était crédible, n’en serait pas plus sympathique (tribunaux populaires).

Il faut être lucides : dans le cas de l’arrestation et du jugement des assassins de Clément Méric, cette mécanique impuissance/délégation trouve sa source dans la gravité de la situation, qui est telle que l’intervention de l’État via la police criminelle paraît aussi inévitable qu’intrusive.

Mais si on sort de l’enceinte du tribunal et qu’on généralise cette attitude à l’ensemble de l’extrême droite « radicale », cet appel à la fermeté entre inévitablement en résonance avec celui qui, depuis les institutions de l’État et de l’ordre public, veut lui aussi mettre fin à « l’impunité » de groupuscules qui incarnent la frange la plus milicienne du fascisme français.

Or, la structure même de ce discours sur l’impunité est sensiblement la même que celle employée par le pouvoir pour qualifier les pratiques et les groupes les plus combatifs des mouvements et conflits sociaux auxquels nous participons.

Un rapide coup d’œil sur l’histoire des dispositifs répressifs majeurs développés par l’État français depuis un siècle ne manque d’ailleurs pas de nous renseigner sur le piège évident que comporte un appel au renforcement de la répression contre l’extrême droite.

On pourrait citer la Cour de Sûreté de l’État, mise en place dans le but de démanteler et liquider l’OAS, ou encore en 1936 la « loi sur les groupes de combat et milices privées » qui rend possible la dissolution de groupes politiques tout en pénalisant leur recomposition1. Ce dispositif est au centre de la protection de l’État vis à vis des groupes politiques les plus virulents. La dangerosité de cette mesure, qui empêche concrètement de s’organiser politiquement, a été éprouvée plus tard par beaucoup de groupes révolutionnaires français dans l’après-68 (Gauche Prolétarienne, Jeunesse Communiste Révolutionnaire, Mouvement du 22 mars…).

Au cœur de la répression de l’extrême droite suite à la mort de Clément Méric, on trouve encore l’utilisation de cette loi, qui a servi à dissoudre les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires, Troisième Voie, l’Oeuvre Française et les Jeunesses Nationalistes. L’application des décrets de dissolution entraîne des mesures extrêmement lourdes allant d’interdictions d’entrer en contact pour des cercles très larges d’individus à celles frappant des pratiques à la fois banales et essentielles, comme les diffusions de tracts, les réunions, rassemblements… Certains de leurs dirigeants ont été poursuivis très récemment pour « reconstitution de ligue dissoute ». La question n’est pas de plaindre des ennemis politiques, mais de comprendre comment des dispositifs juridiques qui touchent ces mêmes ennemis menacent des pratiques et des formes d’organisation, existantes ou potentielles, portées par les luttes et les mouvements sociaux, et dont l’existence et l’extension sont des conditions pour peser dans le rapport de force contre l’État et le capital.

Compte tenu de l’extension de l’aspect judiciaire de la répression actuelle des mouvements sociaux, on peut très sérieusement s’interroger sur le danger que comporte un renforcement de l’arsenal d’État, contre des groupes jugés subversifs par le pouvoir, qu’ils soient formels ou non (la loi s’appliquant notamment sur les associations de fait).

Si de tels dispositifs devaient tomber dans les mains de gouvernements d’extrême droite, il est évident qu’ils serviraient en premier lieu a réprimer les groupes révolutionnaires.

À généraliser le fait de s’en remettre à la justice et à l’intransigeance de l’État face aux actions de l’extrême droite, le risque est évidemment de valider la position actuelle du gouvernement libéral et de l’ordre républicain qu’il incarne, comme seul rempart crédible à l’extension du nationalisme le plus réactionnaire.

La récente mise en lumière de réseaux d’extrême droite se préparant à mener des attaques armées conforte par ailleurs l’appareil répressif anti-terroriste comme étant le seul à même de s’y opposer2.

– Vis-à-vis des fascistes eux-mêmes :

Plus problématique encore, le discours sur la « fin de l’impunité » concurrence celui de l’extrême droite sur le « laxisme de la justice » principalement dans des affaires criminelles.

On a vu comment celui-ci s’illustre ignoblement en Allemagne où toute la gangrène néo-nazie du pays s’est mobilisée le 27 août 2018 à Chemnitz au cri de « nous sommes le peuple » pour exiger une sanction exemplaire suite à un meurtre qui aurait été commis par deux immigrés, en saisissant l’occasion pour mener des ratonnades contre tout ce qui ressemblerait à un migrant.

Peu de temps avant, le 11 août, le groupe Génération Identitaire avait lui aussi tenté de créer une mobilisation suite à la mort d’un jeune à la sortie d’une boîte de nuit à Grenoble. L’opération avait lamentablement échoué, la famille s’étant dit extrêmement choqué par cette récupération politique. La proximité dans le temps de ces deux événements situés à plusieurs milliers de kilomètres, et pouvant regrouper aussi bien des citoyennistes réactionnaires que des nazis en uniforme, prouve que la tactique d’appel à une justice intransigeante est intégrée et systématisée par une aire très large de l’extrême droite, qu’elle soit française ou allemande.

Or, si nous partageons tous l’objectif de démolir le discours qui renvoie les fascistes et les révolutionnaires dos-à-dos, alors nous devons réaffirmer qu’à ce sujet nous entretenons un rapport fondamentalement différent aux autorités policières, judiciaires et aux pouvoirs publics.

Car contrairement aux actions des groupes révolutionnaires, toutes les attaques de l’extrême droite (y compris de la bande nazie la plus versée dans l’action de rue) appellent systématiquement à un renforcement et une intervention de l’État via ses flics, ses procureurs ou son armée… avec le fantasme caractéristique des nazillons de former leurs milices intégrées au bon fonctionnement des institutions.

On a pu le voir à de multiples reprises, à Rennes comme ailleurs : dans l’évacuation du plus grand squat de migrants de France, à Pacé en 2012, dans la défense d’une propriétaire dont une des maisons vide était occupée en 20151, ou encore à travers la tentative de déblocage de l’université Rennes 2 lors du mouvement du printemps 2018… De manière constante, l’extrême droite de rue comme celle de parti cherche toujours à incarner l’avant-garde (et y parvient malheureusement parfois) d’une intervention des pouvoirs publics jugés endormis ou paralysés par la bureaucratie et la « bien-pensance ».

De ce point de vue, notre position se doit d’être radicalement opposée en terme pratique et politique : demander (comme cela a été fait par des « camarades » à Rennes) un renforcement de l’intervention de la préfecture et de la mairie (qui a conduit à la mise en place d’un nouvel équipage BAC de nuit) après une descente brutale de 40 pseudos gudards un soir en centre-ville n’est pas simplement stupide et contre-productif.

C’est une véritable victoire politique pour des fascistes à peine capables de s’organiser en dehors de bastons rituelles, et qui voient chez les bacqueux des modèles virils, racistes, en plus d’alliés objectifs contre nous.

II) Retrouver des perspectives et construire une autonomie politique dans le combat contre l’extrême droite

 

Pour nous, l’explication d’un tel paradoxe, d’une telle contradiction dans nos positions tient essentiellement à la question de l’urgence et de la réaction : le rapport que la mouvance révolutionnaire entretient à l’extrême droite se pense presque toujours dans des temps où cette dernière est assez puissante pour passer à l’acte, ou pire, lorsqu’elle est aux portes du pouvoir (local ou national).

L’urgence d’agir et l’horreur du moment motive alors assez aisément des discours d’appel à la justice, à l’appareil d’État et par effet de prolongement à l’ordre public… Avec des épisodes massifs comme en 2002 où toute critique pertinente de l’extrême droite était engloutie dans un tsunami républicain que certains rêvent toujours de reconstituer.

Pourtant, nous aurions tort d’oublier nos quelques victoires : si le Front National ne peut plus organiser de meeting à Rennes depuis bientôt quatre ans, c’est bien parce qu’une violente émeute a retourné le centre-ville (8 fevrier 2014) et remis au cœur des enjeux politiques l’usage de l’ancienne bourse du Travail (où les fascistes avaient été autorisés à tenir leur tribune), réinvestie comme « Maison du Peuple » et épicentre de la lutte pendant le mouvement de 2016.

Si les conférences d’un réactionnaire se revendiquant de la « race celte » ont été annulées sur la fac peu de temps avant, c’est bien qu’une réaction collective et déterminée a pu avoir lieu à Rennes 2 pendant une période où il ne s’y passait quasiment rien.

On pourrait également citer la manifestation nantaise de février 2017, ainsi que l’action menée par des camarades de la ZAD contre les bus chargés de fachos, qui ont montrés un niveau d’organisation collective rarement atteints depuis des années.

Encore plus récemment, il faut saluer l’initiative des camarades qui, sur la brèche, ont bloqué un bus entier en partance pour la dernière Manif pour Tous.

Nous pensons qu’il est vital d’attaquer et ruiner l’extrême droite avant même qu’elle ne mène l’attaque : lorsqu’elle est faible, divisée, y compris lorsqu’elle se cache derrière les apparats victimaires du citoyennisme et de la liberté d’expression.

Qu’en ville, dans les bars, les salles de concert, les stades, les lycées, au boulot ou à la fac, etc., il faut se donner les moyens de tricardiser et tuer dans l’œuf le moindre projet de petit groupe, la moindre velléité d’organisation, qui peut par ailleurs très vite devenir dangereuse et polluer toutes nos activités politiques. Sapons l’action de l’extrême droite avant d’en arriver au point où nous devront solliciter ceux qui nous matraquent, nous jugent et nous condamnent dans nos luttes.

Que ce soit le Front National, le GUD, l’UNI, les hooligans, les soraliens, identitaires, nationalistes bretons d’Adsav ou du Parti Breton, nazillons métalleux et royalistes, aucun ne doit être pris à la légère, dans la mesure où ces groupes sont notoirement poreux et sont capables de s’agglomérer en l’espace d’une mobilisation éclair sur internet (comme au squat de Pacé, lors de « l’affaire Maryvonne », ou encore à Trebeurden), pour faire des coups pensés comme des appels aux pouvoirs publics.

À ce titre, nous devons être absolument déterminés à nous coordonner formellement et à nous tenir prêts à faire face à ces raouts-éclairs, et à ne jamais sous-estimer la vitesse à laquelle le fascisme peut devenir grégaire et engendrer des mobilisations de l’ampleur de Chemnitz et Kothen en Allemagne.

L’extrême droite fait également son beurre sur des mouvements réactionnaires et anti-fiscaux (les Bonnets Rouges, la Manif pour tous…). Elle tente aussi de s’immiscer dans des conflits sociaux et entretien une confusion qui a pour but de faire émerger ses propres mots d’ordre.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, les camarades angevins appellent à une grande manifestation le 22 septembre contre l’implantation du Bastion Social dans leur ville.

Plutôt que de se lancer dans de tristes procès, il nous semble plus constructif de répondre le plus nombreux possible à l’appel, et d’établir un lien durable avec les groupes mobilisés afin d’être capable de bouger sur le grand ouest rapidement et efficacement lors d’initiatives contre l’extrême droite.

Par ailleurs, nous savons tous par expérience que le meilleur antidote contre l’extrême droite est une conflictualité sociale vivante, combative et révolutionnaire, que son absence dans les zones et les pays qui connaissent une forte poussée réactionnaire en Europe de l’Ouest en est une des causes principales.

À bas la justice et l’extrême droite !

Vive le mouvement social !

1Loi mise en place sous le front populaire après les événement du 6 février 1934 où les croix de feu, un rassemblement d’anciens combattants proche de l’extrême droite, avaient marché sur l’assemblée nationale.

2Deux groupes d’extrême droite ont été démantelés par la police le premier en octobre 2017 et le second en juin 2018. Le premier s’était constitué autour de Logan Alexandre Nisin et avait des projets d’attentats et d’assassinats politiques. Le second, « Action des Forces Opérationnelles », était un réseau d’ancien militaires et d’ancien policiers qui aurait projeté des actions contre ce qu’ils considéraient être des islamistes.

3Voir sur le site www.antifabzh.lautre.net « Dossier – l’affaire Maryvonne Thamin : quand les fascistes s’en prennent aux squatteurs »

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Construire la solidarité

[ Nous relayons ce communiqué qui nous semble important et affirmons notre  soutien aux inculpés. Que vive les outils d’auto-défense et de lutte! La CAJ ]

Le 20 juin à Bure, 8 personnes ont été arrêtées et mises en instruction. Elles sont accusées entre autre de s’être organisées collectivement pour créer des solidarités médicales et juridiques entre les opposant·es.
Différentes legal team et caisse de solidarité répondent à cette attaque, et réaffirment que jamais elles n’abandonneront la construction de cette solidarité juridique !

« Le 20 juin à Bure, près de 200 gendarmes ont arrêté 8 personnes [1] et perquisitionné 11 lieux de vie et d’organisation de la lutte contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires.
Les personnes arrêtées sont accusées de former une « association de malfaiteurs », une accusation très lourde qui vise à criminaliser le fait même de s’organiser collectivement pour lutter contre le projet de poubelle nucléaire et, plus incroyable, la construction de liens de solidarité médicale et juridique entre les opposant·es.

Nous – différents collectifs d’aide juridique et de lutte contre la répression – réagissons ensemble à cette attaque, affirmons que nous continuerons de solidifier nos solidarités et appelons chacune et chacun à nous rejoindre.

Les legal team, les caisses de solidarité ou les collectifs antirep existent un peu partout en France [2].
Elles se sont créées pour faire face à la répression juridique qui s’abat de plus en plus durement sur toutes celles et ceux qui déplaisent à l’État. Elles permettent à chacun·e de trouver de l’aide pour élaborer une défense juridique et d’être soutenu·e financièrement dans les démarches judiciaires [3].

Les legal team se confrontent directement aux inégalités du système juridique, qui favorise toujours les plus riches, individualise les responsabilités et les peines et infantilise celles et ceux qui le subissent. Par sa complexité et son entre-soi, le monde juridique nous confisque toute autonomie pour nous défendre, et nous rend bien souvent complètement dépendant·es d’expert·es du droit tel·les que les avocat·es. C’est ainsi que l’appareil judiciaire assure toujours plus l’isolement et l’impuissance des populations.

Pour faire face à la répression judiciaire, il existe donc deux enjeux majeurs : se réapproprier nos défenses (en requestionnant le rôle de l’avocat et en l’intégrant à une défense plus large) et construire des défenses collectives. C’est sur cette base que se sont construites les Legal team, qui sont devenues des outils indispensables à l’heure où n’importe qui peut se retrouver en prison pour avoir manifesté sa colère.
Tout comme les medic team, elles sont l’expression concrète d’une solidarité inébranlable.

Ce qui s’est passé à Bure n’est donc pas anodin. Les questions posées lors des auditions et les moyens de l’enquête ne laissent aucun doute : l’objectif est clairement de s’en prendre aux structures qui permettent à nos luttes de vivre et de se défendre. À travers les personnes arrêtées, ce sont en effet les outils collectifs que représentent le soutien juridique, les groupes de soin ou encore les groupes d’automédia qui sont visés.
Il s’agit pour nous d’une nouvelle stratégie répressive qu’il faut prendre très au sérieux. Après s’en être pris à nombre d’activistes, puis à leur matériel, l’État s’en prend aujourd’hui directement aux structures qui permettent aux personnes en lutte de renforcer leur principal atout : la solidarité. Une solidarité qui devient instinctive face aux niveau ahurissant de violence policière et de répression juridique.

Tout comme en Allemagne avec la fermeture du site Linksunten Indymedia [4], ou les menaces d’interdiction adressées à Indymedia Grenoble ; l’offensive vise à détruire nos réseaux d’entraide, de soutien et de communication, tout en faisant planer un climat de peur au dessus de toutes celles et ceux qui s’organisent politiquement.
Ce ne sont pas quelques personnes ni même une lutte en particulier qui a été attaquée la semaine dernière, mais des idées, des combats et des réseaux de liens dans leur ensemble. Nous avons besoin qu’une solidarité générale s’exprime : la défense collective, comme le soin des blessé·es ou la diffusion de l’information, doivent devenir l’affaire de toutes et tous, pour qu’aucun·e de nous ne puisse être isolé·es.

Si Gérard Collomb et ses semblables semblent s’évertuer à criminaliser les formes les plus élémentaires de solidarité, en poussant vers la prison des personnes qui ne font que résister naturellement à l’inacceptable (à travers le « délit de solidarité ») et en menaçant de représailles tout·es celles et ceux qui ne se dissocient pas du « cortège de tête », qu’ils ne se détrompent pas : aucun État, même les plus totalitaires, n’a jamais eu et n’aura jamais raison de ce qui constitue notre humanité la plus désintéressée. L’histoire garde la mémoire positive de celles et ceux qui ne vendent pas leur âme au plus offrant ou au plus autoritaire. Les autres ne resteront que des noms sur la longue liste insipide des hommes de pouvoir et de compromission, dont personne ne veut jamais se souvenir.

Nous ne nous laisserons pas intimider ni abattre par ces manoeuvres grossières, nous sortons plus aguéri·es, plus fort·es et plus déterminé·es de ces épreuves. Par sa surenchère et ses accusations toujours plus grotesques, l’État nous montre qu’il peine toujours plus à nous faire taire. Si ses services de renseignement semblent tout entendre et tout savoir, ces affaires nous montrent néanmoins qu’ils ne comprennent rien de nous et qu’ils sont bien incapables de nous faire disparaître.

Les liens qui unissent toutes celles et ceux qui se soulèvent sont intouchables. »

Notre solidarité est notre arme.

 


Notes

[2À Dijon, la caisse de solidarité contre la répression existe depuis le mouvement des retraites de 2010. Elle diffuse des informations juridiques utiles, et aide les personnes inculpées dans leur déboires avec la justice. Plus d’infos et de contacts sur Dijoncter : https://dijoncter.info/?+-caisse-de-solidarite-contre-la-repression-+

[3Comme par exemple lorsqu’une personne blessée souhaite porter plainte contre la police ou l’État.

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Groupons nous et demain… 

Le premier mai dernier nous étions plus d’une dizaine de millier à avoir marché dans ce qui est désormais appelé le « cortège de tête» à Paris. La police a fini par réussir a nasser plusieurs centaines de camarades, en a embarqué deux cents, mis en garde à vue 109, et a présenté devant un juge plusieurs dizaines de personnes. Quatre camarades sont actuellement incarcérés en attente de leur procès. Ces procès démarreront le 30 pour ces 4 personnes ainsi que pour les autres ayant refusé la comparution immédiate mais ressortis «libres» ou sous contrôle judiciaire.

Les principales charges contre eux sont « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens » . C’est tombé sur ces camarades, ça aurait pu tomber sur n’importe qui, car nous y étions tous et toutes. La justice nous isole et nous individualise, ce qui lui facilite grandement la tâche. Face à elle, affirmer notre solidarité, défendre ces camarades, c’est aussi nous défendre, c’est défendre le mouvement, ses pratiques et surtout la possibilité de le voir grandir.

Nous défendre collectivement partout où cela est possible, et non seulement dans quelques éphémères manifestations, est la première étape de la constitution d’un rapport de force. La répression s’intensifie et nos réponses sont à la traîne. S’il s’agit évidemment de l’éviter il
faut aussi savoir la combattre lorsqu’elle est présente (et elle le sera toujours). Trop de pratiques individuelles sont perceptibles à l’heure actuelle.  La défense de profil, (qui implique de mettre en avant un profil social particulier, inséré socialement, «  de bonnes familles » etc … ) n’est, par définition, pas possible pour tout le monde : s’en prévaloir produit donc toujours le risque que cela soit au détriment des autres et c’est accepter les mécanismes sur lesquels reposent l’institution judiciaire. Nous devons penser à nouveau la défense de façon politique. Refuser de collaborer du début à la fin, en ne donnant pas ses papiers dans une nasse, en ne déclarant rien en garde à vue, en refusant de donner son ADN et sa signalétique en refusant la comparution immédiate, en ne répondant pas à l’enquête sociale. C’est se protéger bien sur, mais c’est aussi protéger les autres…

Plus ces pratiques seront communes, courantes, largement diffusée, plus elles seront efficaces, moins elles feront l’objet d’une répression particulière. Elles constituent le minimum permettant d’envisager une véritable défense si des poursuites ont lieu, loin des réflexes immédiats néfastes que sont l’innocentisme et la dissociation.

De la nasse au tribunal, ils cherchent à séparer, mettre dans des cases, construire des profils. C’est cette routine sur laquelle repose l’institution répressive à laquelle nous devons nous opposer pratiquement.

Dès aujourd’hui, affirmons haut et fort que nous étions tous et toutes là. Groupons-nous. Défendons-nous. Affichons partout notre solidarité, manifestons notre refus de laisser ces camarades seuls et notamment les jours des procès.

Liberté pour elles et eux, et pour tout le monde!

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Retour sur la comparution immédiate d’un «émeutier du Mirail » – 18/04/2018

Mercredi 18 avril au Tribunal correctionnel de Toulouse avait lieu la première comparution immédiate d’un jeune « émeutier du Mirail »…

Quelques jours auparavant la nouvelle tombait d’un nouveau « suicide » au mitard de Seysses. Un second taulard a été suicidé la même nuit et succomba quelques jours après de cette tentative réussie. Il ne s’agit pas du premier coup d’essai des surveillants de Seysses passés experts dans le camouflage de leurs exactions (couverture administrative ultra résistante). Quiconque ayant des proches à Seysses est bien conscient de la réalité de ces « suicides ».

Des refus de réintégrer leurs cellules ont eu lieu à l’intérieur, des appels ont tourné sur internet à l’extérieur et des émeutes ont éclatés dans certains quartiers de Toulouse. Les keufs ont bien sûr procédés à de nombreuses arrestations. L’ensemble institutionnel Police-Justice fonctionne à plein régime.

A. est le premier à passer dans cet abattoir à la chaîne qu’est la comparution immédiate, les suivants attendront le vendredi et dormiront en prison jusque là. Il est entendu pour : « violence sur PDAP, dégradation, participation à un groupement en vu de procéder à des violences ou des dégradations ».

L’idée n’est pas là de faire un énième compte rendu d’un procès qui serait plus objectif mais bien de décortiquer les techniques policières et judiciaires qui sont utilisés contre nous pour s’en défendre au mieux.

Ce 18 avril, la salle 5 du TGI est comble. Des dizaines de dessinateurs sont là pour esquisser les portraits de différents protagonistes, de nombreux journalistes avec leurs calepins sont sur le qui vive et grattent sur l’affaire. Des caméras attendent à la sortie de la salle d’audience. L’affaire est clairement sous les projecteurs, le contexte est « médiatique ». Après plusieurs nuits d’affrontements, le pouvoir dispose les engrenages nécessaires pour rétablir la passivité.

Le Président demande à A.s’il souhaite prendre du temps pour préparer sa défense, puis alors qu’il accepte d’être jugé immédiatement, le président procède à l’instruction. Pendant l’instruction (le président explique l’affaire et pose des questions au prévenu), on apprend que le jeune majeur de 18 ans a publié une vidéo de lui en train d’insulter les flics, qu’il a nié pendant tout le début de la garde à vue avoir procédé à des violences jusqu’à ce que cette vidéo lui soit présentée lors de la confrontation avec les keufs qui l’ont interpellé. Il a été arrêté avec un mineur qui a, lui, maintenu sa déposition initiale c’est à dire qu’aucun des deux n’avait lancé de pierre.

Un débat a lieu, pendant l’instruction, sur la taille de la pierre et A. affirme qu’il s’agissait plutôt d’un petit caillou. Impact sur le toit et sur le bord de la carrosserie. De l’aveu du président, ce sont de tous petits impacts à peine visibles.

Bien entendu, le président s’attarde sur son profil, sur la question de sa nationalité (espagnole d’origine marocaine), sur la raison de son arrivée de France (la perte d’emploi de son père et Espagne, emploi retrouvé en France). Un assesseur lui reproche son ingratitude civique et morale : « Mais enfin si votre père a su profiter de l’opportunité que la France lui a offerte et est parvenu à s’intégrer, pourquoi combattez vous l’ordre républicain ? » (sic)

Le président précise le cadre, leur décision est une question d’équilibre, elle est fonction de son profil social (il est en CAP et n’a jamais été condamné) mais aussi du contexte. Le contexte est particulier, il est celui de violences urbaines où des policiers sont pris pour cible.

Lorsque la décision sera donné, le président le dit clairement : A. a pris du ferme UNIQUEMENT au vu du contexte sinon il aurait simplement écopé d’un sursis (il sera condamné à 6 mois dont 3 avec sursis).

Cette parole de juge est lourde d’enseignement. Nous avons un intérêt majeur à refuser la comparution immédiate !!! Demander du temps pour préparer sa défense, différer l’audience, l’extirper du rush médiatique qui nous est défavorable.

Ici, la médiatisation a inféré la sévérité de la décision.

Elle a aussi poussé le procureur à faire son sketch républicain à base de « les formidables policiers » « sont là pour sécuriser, pour que les pompiers avancent », « servent leur pays au péril de leur vie à l’instar du colonel de gendarmerie qui a donné sa vie face au terrorisme », « sont toute la nuit sur le terrain, ne récupèrent presque pas » « ont pour mission de protéger la société » et « ils font remarquablement leurs travail, sont bien organisés puisqu’ils sont habitués aux manifestations sur Toulouse ».

Il dépeint une « réalité de certains quartiers de notre beau pays démocratique la France où certains  citoyens veulent vivre tranquillement. Pour cela les différentes institutions de la république et notamment la police républicaine doivent pouvoir aller partout ».

Il s’arrête longuement sur la « haine déversée sur les réseaux sociaux », lit un appel qui a circulé sur internet : « « les porcs » : c’est de la police nationale dont on parle, c’est une honte », avant d’y aller de ses considérations météorologiques : « Alors qu’on est en période estival, quel gâchi !!! »

Il revient à plusieurs reprise sur son rôle, reprend l’inculpé qui a eu le malheur de détourner son regard pour regarder la salle « moi Ministère Public je représente la société et ce que je vous dis c’est important pour vous qui n’avez pas respecté les règles », insiste sur le fait qu’il n’a aucun intérêt si ce n’est de faire respecter la loi… (c’est bien ce qu’on lui reproche)

Il insiste sur les dizaines et des dizaines de voitures brûlées, les panneaux, les lampadaires. « Qui va payer ?? ” nos impôts et nos assurances !! » et le retentissement national de ces émeutes. « Les citoyens attendent une réponse pénale immédiate », « la justice est le dernier rempart ».

Ça ne pourrait être plus limpide, ça pue d’être jugé sous les projecteurs….

La seconde caractéristique de ce procès, c’est l’absence de défense. L’avocate du prévenu s’est contenté de dire qu’il ne fallait pas faire d’amalgame entre son client et le contexte.

C’est vrai mais complètement illusoire de l’invoquer de la sorte. Par ailleurs il n’y a eu aucune défense sur les faits.

Pour se défendre correctement, la première nécessité est de ne « RIEN DÉCLARER » en garde à vue. Quelque soit le contexte. Pour les keufs, l’aveu c’est la preuve ultime. C’est la raison pour laquelle ils ont tout un tas de techniques pour faire craquer comme ici, dire qu’ils savent déjà  tout (en présentant la vidéo alors même que la vidéo n’était pas une preuve de violence) ou en essayant de mettre tout un tas de truc sur le dos pour que soit avoué par l’interpellé au moins une partie des faits.

En l’occurence, l’aveu n’a pas seulement concerné celui qui a avoué, il a constitué une preuve contre le co-prévenu également… Et le procureur a bien insisté dessus : « Puisque le premier a admis, le second qui a nié pour les deux a nécessairement menti… »

Ne rien déclarer donne toute latitude pour sa défense au moment opportun, c’est à dire au moment du procès.

Ce qu’on appelle le refus de compa, c’est à dire le fait de demander du temps pour préparer sa défense laisse également du temps à l’avocat de potasser le dossier. Là, l’avocat n’a eu que très peu de temps pour accéder au dossier. Elle n’est même pas rentrée sur la question de savoir quelle type de projectile a été lancé, si la cible a été atteinte (la tentative de violence n’existe pas en droit !!!!). Bref, le jet étant admis, l’avocate s’est arrêté  là. Pourtant, ça peut faire une foutue différence!

Les dépositions des policiers sont bien souvent contestables .Ici 3 d’entre eux (avec une déposition strictement identique certainement a posteriori comme ils le font toujours) avaient formellement reconnus les individus. Ils l’avaient vu « dans le noir » (habillé exactement comme il comparaissait), jeter des pavés de béton.

Ici le procureur a insisté sur le fait que les keufs avaient admirablement travaillé.

« Et ils avaient raison, on entend trop souvent leur parole remise en cause dans les procès de violence urbaine ».

Il ajoute que dans tous les cas il aurait soutenu leur description mais que l’aveu le corrobore et que « ça fait du bien ».

En d’autres termes, sans aveu, le proc le sait très bien, les identifications dans le feu de l’action sont très contestable (surtout dans le noir). Mais ici, cet aveu n’était pas identique aux descriptions des keufs, il fallait le souligner !

La seule défense qu’il restait alors était l’habituelle défense de connivence que prônent bon nombre d’avocat et que les juges se plaisent à entendre : demander « pardon », dire « je suis très bête », « je le referais plus », « les flics sont formidable »… Non seulement elle ne permet pas de s’en sortir mieux mais  de plus cette défense ne permet absolument pas de poser la question du mouvement en cours, de renverser l’accusation.

Le seul moment où a été abordé la question des raisons de cette révolte fût dans la bouche du procureur et par conséquent pour dire que « les rumeurs » sur l’assassinat au mitard relèvent de la théorie du complot.

S’il y a donc quelques conseils à retenir de cette affaire :

  1. les vidéos et les réseaux sociaux sont incriminants, les éviter pendant les épisodes de révolte !
  2. Ne rien déclarer en garde à vue ! C’est différent que ne rien admettre, nier est déjà une déclaration et peut parfois se révéler être contradictoire avec les éléments du dossier
  3. Demander du temps pour préparer sa défense !
  4. Préparer des garanties de représentation en amont puisque lorsque la compa est refusée, un débat s’amorce sur l’incarcération en attendant le procès ou la libération éventuellement sous contrôle judiciaire.

Solidarité avec tous les interpellés et les prisonniers de Seysses et d’ailleurs

La Caisse d’Autodéfense Juridique (CAJ)

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Que faire en cas d’arrestation ?

Si la police t’arrête que ce soit en manif, en action ou sur quoi que ce soit soit d’autre, il y a quelques règles à connaître pour s’en sortir individuellement et collectivement. Une garde à vue (GAV) peut durer au maximum 24h (pour un mineur) 48h (pour un majeur), elle doit t’être notifiée au maximum après 4h de « vérification d’identité » au commissariat.

Tu as le droit de faire avertir un.e proche, un médecin (l’examen médical permet d’attester de l’état dans lequel tu es arrivé) et de demander à voir un.e avocat.e. Fais attention à ce que tu leur dis, d’une part le médecin travaille régulièrement pour la police et ce que tu lui dis n’est pas privé, d’autre part l’avocat n’a pas toujours tes intérêts à coeur ou ne partage pas tes intentions politiques, il faut pouvoir lui résister s’il veut t’amener à faire des déclarations voire poukaver ou accepter la comparution immédiate par exemple.

Lors des interrogatoires, la meilleure réponse est « JE N’AI RIEN A DECLARER » à chaque question. Ne déclare rien sur toi et sur les autres (arrêté.e.s ou pas) quelles que soient les pressions des inspecteurs qui cherchent avant tout à établir des charges contre toi et peuvent mentir sur les faits ou tes droits. Ne rien déclarer s’applique aussi à l’enquête sociale, c’est l’occasion pour la police et la justice d’établir ton profil social qui leur est utile pour le fichage et les éventuelles suites judiciaires. Ce type d’enquête sert à te catégoriser socialement (« enfant de bonne famille », «  cas social », etc.) et dans la justice de classe, le « cas social » serait plus susceptible d’être dangereux, récidiviste, coupable qu’une personne « bien intégrée » dans la société : les peines varient souvent pour un même motif d’inculpation selon le statut social des prévenus de même que la mise en détention provisoire. C’est pourquoi, pour lutter, il faut pouvoir préparer ces profils sociaux pour égaliser aux maximum les situations et limiter la mise en avant de statuts privilégiés (se cantonner aux garanties de représentation) au détriment d’autres prévenus dans le cadre d’une stratégie collective au tribunal. Tout ce que tu peux déclarer dans l’enceinte du commissariat peut être utilisé contre toi ou d’autres au tribunal.

NE SIGNE PAS LES DOCUMENTS qui te sont présentés, tu en as le droit. Signer, c’est reconnaître que tout s’est passé selon la version de la police. Mais surtout, ne pas signer permet de pouvoir revenir sur ce qui s’est passé pendant ta GAV au moment du procès sans se décrédibiliser.

Ne rien déclarer et ne rien signer permettent de meilleures conditions pour préparer ta défense en cas de procès et de limiter l’accumulation d’informations par la police.

Dans le cadre de ton fichage, la police va vouloir prendre tes empreintes, des photos et ton ADN (signalétique). NE DONNE PAS TA SIGNALETIQUE, en particulier l’ADN qui pourrait permettre de t’identifier dans l’avenir et/ou sur d’autres affaires. Tes empreintes digitales sont conservées pendant une durée légale de 25 ans, ton ADN 25 ans si tu as été suspecté sans être condamné et 40 ans si tu as été déclaré coupable ou que la justice considère que tu as des « troubles mentaux ». De plus, l’ADN étend le fichage aux membres de ta famille.

Il y a régulièrement des poursuites pour ces refus surtout l’ADN. C’est une position politique collective qu’il faut tenir et généraliser d’autant plus que des relaxes continuent à être obtenues.

A propos des photos, attention au procès verbal de mise en situation : si tu avais une tenue qui gênait ton identification en manifestation (capuche, masque de plongée, foulard, etc.), on peut te demander pendant ta GAV de la remettre. Le but est de te photographier avec cette tenue pour t’identifier et fournir des éléments fabriqués de toute pièce pour un procès,

REFUSE CES PHOTOScomme les autres, tu en as aussi le droit. Pour les autres photos, sois attentif dans le commissariat, des personnes ont déjà été photographiées sans qu’on les prévienne, il faut affirmer qu’on refuse si un flic commence à le faire.

Si tu es déféré.e au tribunal, il faut impérativement REFUSER LA COMPARUTION IMMEDIATE, tu en as le droit : il n’y a pas le temps de préparer correctement ta défense et en général les condamnations sont plus lourdes. Qu’importe qu’on te dise que ton dossier soit « vide », tu es en position de faiblesse face à partie adverse car tu n’as pas pu réfléchir en profondeur à ta stratégie.Refuser la comparution immédiate est également une position politique qui vise à ce que les personnes s’approprient des outils de défense juridique et gagnent en autonomie dans leur défense, pour ça il faut du temps.

Si un.e de tes proches passe en comparution immédiate, il faut PREPARER DES GARANTIES DE REPRESENTATION à transmettre à l’avocat.e (papiers d’identité, justificatif de domicile, revenus, promesse de stage ou d’embauche, etc.) et essayer de nous prévenir au plus vite pour avoir des conseils.

Ne te laisse pas intimider par un policier, un juge ou un avocat qui te reprocherait de n’avoir rien déclarer, signer, de refuser la signalétique : l’apprentissage collectif de la défense face à la police et la justice est un bâton dans les rouages des institutions répressives, pense que si ça les gêne, c’est bon signe pour toi et les autres.

https://defensecollective.noblogs.org/a-diffuser/que-faire-en-cas-darrestation/

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Atelier sur le refus de prélèvement ADN

Le samedi 21 février, dans le cadre des dix jours d’autodéfense populaire, un atelier autour du refus de prélèvement ADN et du fichage qui en suit se tient à l’Arrrche du Mirail occupée.

De 16h à 18h, ce sera un des moments pour échanger autour de nos pratiques, nos expériences en matière de refus, de défense juridique au tribunal et de capter les récentes évolutions des lois et jurisprudences en la matière.

Il s’agit de mettre à jour nos connaissances et discuter des moyens qui ont permis des relaxes ou, au contraire, ce qui n’a pas marché au tribunal.

Une personne récemment relaxé sur l’ADN sera là pour présenter une forme de lutte sur ce sujet ainsi que la construction de celle-ci. Aussi, l’idée d’une brochure à jour est dans les tuyaux, ce sera l’occasion d’en parler et de savoir où nous en sommes.

Vous êtes donc tout à fait inviter à participer à cet atelier, partager vos astuces et vos interrogations avec nous !

 

Samedi 21 février 2018, 16h-18h, université du Mirail, Arrrche occupée.

https://proxy.duckduckgo.com/iur/?f=1&image_host=http%3A%2F%2Flesmoutonsenrages.fr%2Fwp-content%2Fuploads%2F2011%2F11%2FADN1.jpg&u=https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/uploads/2011/11/ADN1.jpg